Grâce aux aides auditives, des zones du cortex auditif sont stimulées. Ces stimuli ne s’arrêtent pas là. Par interconnexion neuronales, cette première vague enclenche l’activation d’autres connectomes. La mémoire auditive va aussi faciliter l’accès à des sons qui n’étaient plus perçus. L’entraînement auditif apparaît comme un moyen de décupler les apports des équipements et d’amplifier le phénomène de plasticité cérébrale. 

J’entends mais je ne comprends pas…


Notre audition est constituée de 3 parties :


– Une partie qui capte le son, l’oreille

– Une partie qui transforme la vibration du son en impulsions nerveuses électriques, la cochlée située dans l’oreille interne

– Les aires auditives du cerveau (ou le système auditif central) qui permettent de décoder le son et de l’identifier


La compréhension de la parole se fait correctement si ces trois parties fonctionnent correctement ensemble. La presbyacousie (l’équivalent de la presbytie mais pour les oreilles) est principalement due à la détérioration irréversible des capteurs de son présents dans l’oreille interne, appelées cellules ciliées externes.
Comme ces cellules sont moins nombreuses et ne captent plus tous les sons, l’identification des sons est dégradée et entraîne une perte de compréhension. C’est alors que nous déclarons : « j’entends mais je ne comprends pas… »
 

Le port d’aides auditives ne suffit-il pas à retrouver une bonne compréhension de la parole ? 


Grâce au port des aides auditives, les sons arrivent plus nombreux dans l’oreille et ré-augmentent petit à petit son efficacité. Cependant, dans certains environnements sonores, les appareils auditifs ne suffisent pas et les personnes ont encore du mal à comprendre. C’est à ce moment-là que l’entraînement auditif a un rôle à jouer.
Ainsi pour compléter l’amplification des appareils auditifs, un entraînement auditif peut être mis en place. Cet entraînement va aider à améliorer certaines capacités oubliées par la personne malentendante :


– L’attention auditive,

– La concentration,

– L’écoute sélective,

– La distinction des fréquences et tonalités. 


Mais l’entrainement auditif peut aussi améliorer la compréhension globale en travaillant :


– La distinction de mots similaires,

– Les stratégies d’écoute et de communication,

– La compréhension des impulsions auditives, mots et phrases,

– L’articulation et le langage,

– La lecture labiale.

Quels professionnels effectuent le suivi de l’entraînement auditif ?


En France l’entraînement auditif est principalement pratiqué dans la rééducation des implantés cochléaires. Ce sont les orthophonistes qui assument ce rôle, épaulés par les audioprothésistes qui eux ont pour rôle de régler les implants cochléaires. L’entraînement auditif pour les personnes ayant un appareillage « classique », c’est-à-dire pour des patients souffrant en majorité d’une presbyacousie, est beaucoup moins courant. Les audioprothésistes qui ne sont pas spécialisés dans la rééducation de l’implant cochléaire ont encore peu connaissance de ce type d’entraînement.


A qui s’adresse l’entraînement auditif ?


Il s’adresse à tout le monde. Aussi bien pour des personnes qui veulent optimiser leurs capacités auditives que pour des personnes qui veulent renforcer et améliorer leur audition. L’entraînement peut même alerter d’une éventuelle baisse d’audition si les résultats sont trop bas.

A quel moment enclencher cet entraînement ?


Plus l’enclenchement de l’entrainement auditif sera fait tôt, plus le processus d’apprentissage pour le cerveau sera rapide. Il s’agit d’une gymnastique. Ainsi l’enclenchement peut se faire de manière préventive, en même temps que l’appareillage ou même bien après.


Quels sont les principes de l’entraînement auditif ? (Comment ça marche ?)


L’entraînement auditif se pratique dans un environnement calme avec des exercices à faire chez soi. Le programme est quotidien et s’adapte en permanence aux difficultés de la personne. Ainsi, elle peut travailler à son rythme et quand il le souhaite. Ce programme propose plusieurs exercices faisant travailler la personne sur différents axes. Les compétences travaillées dans le programme sont :
– La discrimination des sons (sons aigus et graves)

– Les confusions de consonnes/voyelles 

– La mémoire de travail

– La compréhension dans le calme et dans le bruit

Différentes solutions existent dont MyProfonia.


Quelles sont les études de références sur les performances des patients suite à l’entraînement auditif ?

Dans la méta-étude [G. Collet, J. Leybaert, W. Serniclaes, P. Deltenre, E. Markessis, I. Hoonhorst et C. Colin (2014). Les entraînements auditifs : des modications comportementales aux modications neurophysiologiques. L’Année psychologique, 114, pp 389-418] corédigée par Willy SERNICLAES , chercheur senior émérite du CNRS, nous avons sélectionné 3 articles.

Dès 1970 dans [Bode DL, Oyer HJ. (1970) Auditory training and speech discrimination. J Speech HearRes 13(4):839–855] les auteurs démontrent que 32 adultesayant des difficultés à comprendre dans le bruit et une surdité légère,  ont fait en moyenne 4% de progrès après 5 fois 25 minutes d’entraînement auditif.

Bien plus tard, en 2003, [Tremblay K, Piskosz M, Souza P. (2003) Auditory training inducesasymetrical changes in cortical neural activity. J Speech HearRes; 45:564-72] démontre qu’un entraînement auditif se matérialise aussi par des changements visibles dans l’électroencéphalogramme de patients âgés de 21 à 31 ans.

Enfin [Central auditory system plasticity and auralrehabilitation of adults -Arlene C. Neuman- 2005 ], une méta-étude de la littérature scientifique sur le sujet, liste des preuves de neuroplasticité auditive induite par des entraînements auditifs mises en évidence par des techniques d’imagerie ou d’électroencéphalographie chez l’homme et l’animal.