François Baumann est médecin généraliste, fondateur de la société de Formation Thérapeutique du médecin généraliste. Intéressé par toutes les dimensions des Sciences Humaines et Sociales qui participent à une meilleure santé des hommes, il a publié de nombreux ouvrages sur le Burn Out et le Bore Out. Il est également enseignant à l’Université Paris V et membre du Comité scientifique International de l’Unesco. François Baumann participe aux travaux de la Haute Autorité de Santé sur ces questions de burn out au travail. Rencontre.

JNA : comment définir le Burn Out ?

François Baumann : Surmenage ? Harcèlement ? Absente totale de valeur ou d’espoir ? Tout cela probablement ; et c’est la conjonction de tous ces éléments qui peut justifier, lorsque l’individu se sent isolé ou dépressif. Le Burn-out, comme la dépression, mais plus caractéristique dans ses fondements (le travail mal vécu, la déception, le découragement, avec comme contexte précis la relation et la rencontre avec l’autre) en représente les causes majeures.

La notion de Burn Out est apparue au cours des années 70. Il a été créé par H.J Freudenberger : il désigne plus particulièrement l’état d’épuisement. Cet épuisement est défini comme en relation étroite avec le stress permanent et prolongé ; notamment lorsque celui-ci est lié à de lourdes contraintes  ; lorsque l’adaptation est difficile et les ajustements importants souvent pris dans l’urgence. Le Burn out englobe la notion à la fois philosophique, morale et sociale de perte de sens, perte de valeur, du travail.

Le Brun Out Syndrome se définit encore en utilisant la terminologie des premiers observateurs , C. Malach et S. Jakson qui décrivaient trois signes (le trépied du Burn Out) :

– l’épuisement émotionnel, physique et psychique qui va entrainer un sentiment de fatigue caractéristique et de vide

– la déshumanisation de la relation à l’autre : c’est l’impression de détachement, de mépris, de cynisme qui frappe ici. L’attente de reconnaissance, souvent excessive, rend l’individu déçu, distant et peu accessible

– le désinvestissement de soi, porté par un fort sentiment d’échec personnel

Ce trépied définit de manière précaire le Bun Out Syndrome. Il faut aujourd’hui le considérer comme un mode de réponse au stress émotionnel.

Les différentes enquêtes réalisées par l’association JNA sur les impacts du bruit et des nuisances sonores subies sur le lieu de travail montrent un état de fatigue et de lassitude des actifs en poste. Les experts de l’association avancent comme facteur de causalité les effets extra-auditifs du bruit. Qu’en pensez-vous ?

En effet, les chiffres indiqué dans la dernière enquête Ifop-JNA “Bruit, Santé Auditive, Qualité de Vie au Travail : quelles réalités?” montrent que 59% des actifs sont gênés par le bruit et les expositions sonores au travail. Les impacts précisés sur les difficultés de concentration, la nervosité et le stress, la fatigue sont effectivement préoccupant. Cette enquête montre que ces ressentis dépassent la seule frontière de la vie professionnelle en s’invitant dans le quotidien avec les proches.

Les difficultés de concentration générées par le niveau sonore ambiant vont confronter la personne au sentiment de pouvoir réaliser sa tâche. C’est alors que les mécanismes du sentiment “d’être à la hauteur” vont être perturbés. Le stress émotionnel va augmenter.

La compréhension de la parole va aussi diminuer, amplifiant les symptômes de stress.

Par ailleurs, le bruit entre à l’intérieur de l’individu et se confronte à son psychisme. L’oreille est aujourd’hui saturée. On nous impose du son sans aucun filtre.

Tout comme l’annonce les experts de l’association JNA, les effets extra-auditifs du brui sur les lieux de travail doivent être pris au sérieux et sont très probablement un facteur aggravant du Burn Out Syndrome. C’est une fatigue qui contribue à l’épuisement d’avoir tous ces sons imposés en permanence.

Vous évoquez que le bruit sur les espaces de travail devrait-être considéré comme un enjeu de santé publique ?

Chaque jour les Français respirent des particules fines et des vapeurs de voiture. Le gouvernement a investi cette pollution. Par contre, les impacts du bruit sur l’humain ne sont pas suffisamment considérés comme un élément pathogène voire toxique. Il est présent, presque considéré comme normal. Il y a une adaptation mécanique. C’est un stress qui provoque le mal être de la société et son agressivité, aux côtés des autres facteurs socio-culturels.

A lire : Burn Out quand le travail rend malade aux Editions J.Lyon