Conseiller d’Etat, Lionel Collet a été conseiller spécial de la ministre de la santé Agnès Buzyn, mais il a également présidé l’Agence nationale de santé publique.

L’audition est-elle un enjeu de santé publique ?

« Oui, doublement. Tout d’abord pour les conséquences du bruit sur l’audition proprement dite, ensuite, plus globalement, pour les impacts du bruit sur notre santé.

Concernant l’audition, on sait depuis des années qu’un bruit excessif, qu’il intervienne dans le milieu professionnel, au cours des activités de loisirs ou dans notre vie quotidienne, a des conséquences négatives. Les pouvoirs publics ont d’ailleurs pris des mesures de prévention et de protection : par exemple la limitation réglementaire du niveau sonore dans les salles de concert. Plus récemment, le plan national de santé « priorité et prévention » a institutionnalisé pour les jeunes entre 15 et 16 ans un bilan de l’audition s’accompagnant d’une information systématique sur les risques sonores. »

Les risques du bruit sur la santé sont-ils aussi bien connus et pris en compte ?

« Connus par les autorités médicales oui, mais moins bien connus par la population qui, jusqu’à une époque encore récente, considérait que le bruit est un risque secondaire pour la santé. Cette perception, heureusement, évolue, notamment à la lumière de plusieurs études. L’Académie de médecine, par exemple, dans des recherches sur les nuisances sonores et l’habitat avait formulé, en 2012, plusieurs recommandations sur l’analyse et la maitrise des nuisances sonores dans l’habitat. Déjà dans les années 80, des chercheurs spécialistes du sommeil avaient caractérisé l’impact du bruit sur le sommeil. Ils avaient soulevé l’hypothèse que des enfants habitant près d’un aéroport accueillant des vols de nuit, avaient une taille plus petite que la moyenne, la sécrétion des hormones de croissance durant le sommeil étant perturbées. On sait également que le bruit provoque une accélération de la fréquence cardiaque et une augmentation de la pression artérielle. D’où des risques de maladies coronariennes et d’hypertension artérielle. Enfin, concernant les conséquences du bruit sur l’intelligibilité vis-à-vis de notre environnement, nous réagissons de manière différente d’un individu à un autre. A l’école, par exemple, certains enfants vont être plus sensibles que d’autres aux nuisances sonores et développer des difficultés d’apprentissage du langage ou de la lecture… »

Les pouvoirs publics ont pris des mesures, dites-vous, mais que pourrait-on faire de plus ?

« Le dépistage de la surdité pratiqué sur chaque enfant nouveau né, est obligatoire depuis 2012, c’est un premier pas vers un meilleur suivi de proximité de la santé auditive de la population. Les mesures de protection et d’information de la population sur l’ensemble des risques auditifs sont en cours, mais la question de la réalisation d’explorations auditives et de réglages d’appareils auditifs à distance d’un lieu où se trouve le spécialiste de l’audition est susceptible de se poser. Certains pays, comme la Norvège, pratiquent depuis longtemps déjà l’exploration auditive à distance, ce qui relève de la téléaudiologie. L’Assurance maladie a signé pour la première fois en 2018, une convention avec les médecins pour faciliter la téléconsultation ou la téléexpertise à distance. Mais il faudrait une autre convention entre l’Assurance maladie et les audioprothésistes afin de pouvoir réaliser à distance des repérages auditifs pour adultes, mais aussi des réglages d’appareils. »