Vous travaillez dans un environnement bruyant ? Vos salariés se plaignent d’être fatigués, de ressentir une gêne ? Traumatisme acoustique ou fatigue auditive, les acouphènes et l’hyperacousie sont parfois les manifestations et conséquences dramatiques d’un accident du travail lié au bruit. Découvrez ces pathologies et comment éviter l’irréparable. (article rédigé avec notre partenaire Cotral Lab)

Quand l’environnement de travail devient nocif pour la santé

Activités en extérieur, ambiance de bureau (open-spaces), machines d’usines, d’ateliers… la liste peut être longue concernant les bruits potentiels pouvant impacter notre audition et la bonne santé de nos oreilles.

En observant une journée type de certains salariés, on peut constater que de plus en plus sont exposés aux bruits et gênés.

En effet, il suffit d’une exposition prolongée et/ou répétée pour que l’oreille commence à perdre petit à petit ses cellules ciliées. Les traumatismes (traumas) sonores, quant à eux, bien plus violents, peuvent entraîner une perte totale de l’audition. Au-delà du risque de surdité, il existe d’autres symptômes liés au fait de travailler dans un environnement bruyant.
Ces derniers, se manifestent par une fatigue auditive et se traduisent parfois par des acouphènes et une forte sensibilité aux bruits (hyperacousie).

Qu’est- ce qu’un acouphène ?

Bourdonnements, grésillements, sifflements continus ou par intermittence… Avez-vous déjà ressenti ce phénomène dans vos oreilles ou dans votre tête ?

Ces bruits, produits par votre organisme sans sources sonores extérieures, sont nommés acouphènes.

Aujourd’hui 28% de la population française ressent des acouphènes représentant 14 à 17 millions de français dont 2 à 4 millions en permanence. (Sondage IFOP pour l’association JNA-2018)

On distingue deux types d’acouphènes :

  • Les acouphènes objectifs : La plupart d’entre eux peuvent être entendus par le médecin. Occasionnés par des troubles sanguins ou mécaniques, ils sont audibles également par l’entourage du patient. Ils sont assez rares, mais correctement identifiés ils peuvent être rapidement solutionnés et traités. (Acouphènes pulsatiles).
  • Les acouphènes subjectifs : Dans ce cas, et cela représente la majorité des acouphéniques, seul le patient les entend. Leurs causes restent assez mal connues et in fine sont difficiles à prendre en charge. Il est bien souvent proposé de traiter globalement l’acouphène et notamment sur la partie acceptabilité, pour mieux tolérer la présence de ses sons internes.

L’acouphène est fréquemment couplé à divers symptômes comme l’hypertension, le stress et l’anxiété.

Aujourd’hui 73% des sondés s’accordent à dire que les acouphènes entraînent des troubles du sommeil et 84% des difficultés de concentration.

43% des sondés qui ont fait l’expérience d’acouphènes disent que leurs acouphènes ont eu un impact sur leur vie sociale (34%). Pour autant peu de personnes se renseignent et consultent, surtout chez les jeunes.

Dans certains cas, les acouphènes sont accompagnés d’une hyperacousie mais peu de personnes connaissent le terme.

Qu’est-ce que l’hyperacousie ?

L’hyperacousie peut être définie comme une perception augmentée des sons, elle désigne l’intolérance aux bruits même des sons légers et banals. En d’autres termes une personne hyperacousique est hypersensible aux sons.

Ce trouble de l’audition ne doit pas être confondu avec la sensibilité normale aux bruits environnants. Pour une personne hyperacousique, les sons deviennent gênants, insupportables, voire douloureux selon les degrés d’atteinte.

L’hyperacousie peut se manifester de façon isolée mais peut parfois s’accompagner d’autres symptômes inconfortables tels que des migraines (maux de tête ou céphalées) ou des acouphènes. D’après les estimations actuelles, environ 40% des personnes souffrant d’acouphènes seraient concernées par l’hyperacousie.

L’association France Acouphènes donne une échelle de l’hyperacousie :

— La Fatigue auditive —

Fatigue ressentie généralement en fin de journée ou fin de semaine. Elle est généralement occasionnée par une accumulation de nuisances auditives. Dans le cas professionnel, c’est l’environnement qui peut être considéré comme bruyant.

— Sur-sensibilité auditive —

C’est une fatigue auditive plus accentuée. Les personnes concernées se montrent sensibles “négativement”, réceptives aux portes qui claquent, aux objets qui s’entrechoquent, aux sirènes… On peut parler dans ce cas de prédisposition au traumatisme auditif.

— L’hyperacousie —

Le traumatisme auditif a eu lieu, l’oreille interne (cellules sensorielles) est plus ou moins atteinte. Il s’agit dans ce cas d’un stade “lésionnel”.
On passe donc de la fatigue auditive (qui devient une manifestation parmi d’autres) à la gêne auditive, de la sur-sensibilité à la sur-sensation auditive pathologique, l’échelle des sensations s’en trouvant totalement perturbée, avec perte auditive ou sans.
Dans ce dernier cas, ce n’est pas que l’oreille entend mieux mais elle joue avec difficulté son rôle de filtre.
D’un point de vue pratique, les personnes sont dérangées par des bruits habituellement supportés par tout le monde : impact entre objets, voix fortes et aiguës, froissement de papier, etc… Principales manifestations : maux de tête, fatigue, sentiment d’avoir l’oreille bouchée.
Même s’il est encore possible de réaliser les choses courantes de la vie quotidienne, la vie sociale est déjà affectée.
Cette hyperacousie s’accompagne d’acouphènes plus ou moins forts selon les personnes.

— L’hyperacousie douloureuse —

Les bruits et activités deviennent quasi-traumatisants. L’hyperacousie peut être qualifiée de douloureuse car l’exposition au bruit, quelle que soit son intensité (surtout au-delà de 40 dB) devient gênante, synonyme de douleur. Se déplacer, travailler, communiquer, sortir : rien de cela n’est envisageable et pose des difficultés.

L’usage de bouchons, bien qu’utile et recommandé, ne parvient pas, dans certains cas, à endiguer certaines nuisances et à éviter la rechute.

A ceci s’ajoute et s’observe des symptômes physiques :

  • Inflammation de l’oreille interne, irradiant parfois dans le cou jusqu’à la mâchoire
  • Oreilles bouchées, congestionnées …
  • Rougeurs au visage avec sensation de chaleur, maux de tête, fatigue.

L’hyperacousie douloureuse s’assimile et se ressent comme handicapante même si cela n’est pas reconnu.

Les acouphènes, en période de crise, sont fortement accentués et plus difficiles à supporter. L’hyperacousie étant un facteur d’aggravation.

— L’hyperacousie douloureuse et sévère —

L’hyperacousique, traumatisé, ne sort que très peu de chez lui et fonctionne au ralenti. Les manifestations cliniques évoquées précédemment sont exacerbées. A l’instar des acouphéniques, lorsque l’on interroge des hyperacousiques ils nous font tous part d’un fort retentissement sur leurs vies sociales (66%) et leurs vies familiales.

En 4ème place intervient la vie professionnelle pour 47%.

Indéniablement, cela crée donc des dommages collatéraux tels que l’irritabilité (71%), l’anxiété, le fait de s’isoler des autres et parfois la dépression (28%).

Un hyperacousique sur trois souffre en silence et 25% d’entre eux seulement déclarent avoir consulté le corps médical.

Lorsque le généraliste ou le spécialiste est consulté, il en ressort que pour la moitié d’entre eux aucun dispositif n’a été proposé.

Bruits et accidents du travail

Lorsque nous évoquons les accidents du travail liés aux bruits, bien souvent nous pensons aux secteurs de l’industrie et du BTP, aux ouvriers en usine ou sur des chantiers en train de manipuler des machines bruyantes ou marteaux piqueurs.

Ces secteurs sont bien évidemment concernés mais d’autres secteurs et/ou environnements de travail peuvent entraîner une fatigue auditive voir un traumatisme sonore.

Prenons, parmi tant d’autres, l’exemple d’un choc acoustique.

Il s’agit d’un évènement électro acoustique rare et imprévisible conduisant à des niveaux de bruits intenses (souvent courts) reçus dans les casques utilisés notamment par les opérateurs dans les centres d’appels téléphoniques.

Provoquant parfois des traumatismes sonores reconnus comme accidents du travail (hyperacousie, décalage temporaire du seuil de l’audition), ils sont insupportables pour les salariés et des mesures de prévention doivent être mises en place pour améliorer les conditions de ces salariés.

Quelles indemnisations à la suite d’un accident du travail lié au bruit ?

L’acouphène est mal reconnu et souvent peu ou pas indemnisé.Pourtant, il n’est plus à prouver qu’il influe sur la vie quotidienne et perturbe les nuits et l’équilibre psychique.

Il y a peu, la reconnaissance par le droit commun ne se faisait qu’en présence d’un déficit auditif, mais l’évaluation des acouphènes a permis de faire évoluer la situation favorablement.

Rappelons un principe fondamental lors de l’analyse et de la réparation en dommage corporel : « Le dommage est l’atteinte à une intégrité physique, matérielle ou morale d’une personne causée par un accident ».

Pour qu’il y ait réparation, il faut pouvoir prouver le lien de cause à effet entre l’accident et le préjudice.

La notion de preuve permet à l’expert de rendre sa décision. Obéissant à des critères spécifiques, il est difficile d’établir avec certitude un diagnostic dans le cas de désordres neurosensoriels post traumatiques tels que les acouphènes.

En France, l’acouphène n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. Ce qui est reconnu par la sécurité sociale et la loi, c’est ce qui relève du tableau n°42 du régime général : atteinte auditive provoquée par des bruits lésionnels, à savoir qu’il s’agit du cas le plus défavorable.

En d’autres termes, il s’agit de la surdité ou autrement qualifié dans le tableau n°42, d’hypoacousie de perception par lésion cochléaire irréversible accompagnée ou non d’acouphènes.

La surdité professionnelle s’accompagne pourtant d’un acouphène dans 1/3 des cas qui, qui est invalidant pour 5% d’entre eux. En dépit de ce fait, l’acouphène n’est pas évoqué. Son indemnisation est inexistante, ce qui parait d’autant plus injustifié qu’il représente fréquemment la plainte prédominante bien avant la gêne auditive.

En ce qui concerne l’accident du travail, l’acouphène est indemnisé s’il est associé uniquement à une perte auditive, même légère.

Pour l’estimation du taux d’incapacité, plusieurs critères seront retenus, à savoir : la durée et l’intensité de l’acouphène ainsi que l’impact sur le sommeil et sur son état général, moral et psychique. Il sera également évalué s’il est nécessaire que la personne change de poste ou d’emploi.

Le taux d’IPP (incapacité permanente partielle) varie de 2 à 10 % et s’additionne au taux de la perte auditive.

Le barème en vigueur (concours médical), a été récemment optimisé pour pouvoir évaluer le préjudice subi par la personne. L’évolution porte notamment sur les conséquences au quotidien de la victime. Les optimisations portent sur la prise en compte qu’un acouphène n’est pas systématiquement associé à une perte auditive, que l’importance des acouphènes n’est pas le degré de la perte auditive et que les problèmes de sommeil constituent un élément important dans l’évaluation du taux IPP.

En règle générale le taux se situe entre 2 et 5%. Le degré de sévérité de l’acouphène est important à évaluer puisqu’il influence le taux d’indemnisation. Il est évalué dans le cadre d’entretiens et de questionnaires à remplir.

A retenir, que dans un cas d’acouphène léger et modéré, l’IPP se situe entre 1 et 3% et qu’un acouphène invalidant sera évalué à des taux supérieurs à 5% dans la mesure où l’acouphène à un retentissement dramatique sur la vie au quotidien.

Pour rappel, c’est une obligation pour l’employeur de faire la déclaration d’accident du travail sur la base des éléments transmis par le travailleur.

En ce qui concerne les maladies professionnelles, c’est au travailleur de faire la démarche et l’employeur ne peut intervenir qu’à condition d’avoir été informé par la CPAM de la déclaration faite par le travailleur.

Comment prévenir les acouphènes en milieu professionnel ?

Intervenir en amont en évaluant les risques constitue le point de départ d’une démarche de prévention sur le risque bruit.

Les entreprises peuvent agir en réduisant le bruit à la source mais aussi en réalisant des actions sur la propagation du bruit (Cloisonnement et encoffrement des machines par exemple).

Les PICB (protecteurs individuels contre le bruit) interviennent lorsque tous les moyens de protection collective n’ont pu être mis en place (Problématiques diverses techniques ou financières).

Casques antibruitbouchons d’oreilles formés ou bouchons d’oreilles moulés, il existe différents types de barrage aux bruits.

Que choisir ?

Vous souhaitez opter pour le confort, préserver la communication et favoriser la concentration … les bouchons moulés sur mesure répondent alors aux critères les plus exigeants du marché. Ils permettent de protéger le salarié et de s’adapter à son environnement sans l’isoler.

Selon les besoins de chacun le choix de filtration permet d’atténuer des bruits intenses sur certaines fréquences ou d’atténuer de façon linéaire ce qui facilite la compréhension d’une conversation et de s‘adapter à tous les niveaux de bruit.


Plus d’information :
www.cotral.fr
www.sante-auditive-autravail.org

industrial machine operator checking on machine while it’s running