Ouvert, l’open space ? Cet espace collectif a de moins en moins bonne presse, alors qu’il concerne aujourd’hui 34% des Français travaillant au bureau, en majorité  dans des “petits” espaces, accueillant moins de dix personnes(1). D’autres, y voient un véritable espace de convivialité. Entre les accusateurs et les laudateurs, où se situe la réalité ?


“Enfer” et bourdonnement

“Enfer”, “Comment y survivre”, “Espace de travail sans âme”, “Instrument de contrôle social” : les mots sont forts et les commentaires parfois très violents, chiffres à l’appui, plaçant le plus souvent le bruit au cœur des critiques.

Dans un hall d’accueil, un bureau sans murs ou un centre d’appel téléphonique, le “barouf” est même ressenti comme le premier facteur de pénibilité au bureau, conjuguant le cliquetis des claviers, le souffle des ordinateurs ou climatisations, les musiques des collègues et, surtout, leurs conversations, entre eux, au téléphone, avec ou sans haut-parleur, en continu, leur écoute parfois indiscrète.

“On ne peut échapper au regard et à l’oreille des autres”, se plaint encore cet ancien salarié d’un centre d’appels. Et, ajoute cette informaticienne, “ce bourdonnement est insupportable au long cours ! J’ai l’impression de l’entendre encore en fond sonore quand je rentre chez moi.”

La “simplicité” des relations

On est loin de l’image hyper positive de l’open space, qui a révolutionné les bureaux avec l’avènement du tertiaire, dans la seconde moitié du vingtième siècle. Né dans les années 1950 aux Etats-Unis, débarqué en France 30 ans plus tard, ce nouvel aménagement collectif prévoyait, en faisant tomber les cloisons, d’abattre également les frontières entre salariés : l’ouverture aux autres dans une entreprise apaisée. Pour ce manager d’une grande entreprise informatique, l’open space favorise les interactions entre les salariés, dans la mesure où ceux-ci respectent quelques règles de bien vivre ensemble, comme de mettre son portable en silencieux, baisser le ton au téléphone…

Ce PDG qui voyage beaucoup apprécie quand il revient “de se retrouver au milieu des équipes”, au courant des affaires des services comme des hauts et des bas de chacun : “On sent véritablement l’ambiance sur le plateau, dit-il, avec une simplicité qu’il est plus difficile d’obtenir dans un bureau traditionnel ”.

Management “tempéré” dans un espace à géométrie variable ?

Cette ouverture revendiquée s’inscrit aujourd’hui des open spaces dits “intelligents”, avec des ilôts par équipe, des espaces de réunion fermés, des bulles de confidentialité ou box téléphonique… Une géographie tempérée par un management souvent plus “horizontal” que “vertical”, avec un pilote au milieu de petites équipes.

Mais il importe de rester vigilant, en gardant à l’esprit, comme le relevait Patrick Chevret, chercheur de l’INRS, dans une thèse en 2017(2), que “le bruit dans les open-spaces est un problème de santé publique. Comme le révèlent les indicateurs d’arrêt maladie et les enquêtes de terrains en France comme à l’étranger”.

Les aménagements de locaux et les équipements protecteurs aident certes à diminuer la problématique des nuisances sonores. Mais plutôt que de rester fasciné par les solutions techniques (une récente étude de l’INRS mettait d’ailleurs en garde contre certains casques masquant, qui “ne réduisent pas le volume sonore mais diffusent un bruit supplémentaire”), il est intéressant de n’appréhender une solution qu’adaptée à une situation donnée (un hall n’est pas un centre d’appel qui n’a rien d’un plateau) et, surtout, en lien avec les salariés qui travaillent dans cette situation. C’est le facteur humain. Pas d’open space sans réflexion commune ni ouverture d’esprit !


Plus d’information :
www.sante-auditive-autravail.org

(1) : Baromètre Actineo 2019 / Panorama des actifs français travaillant dans un bureau – actineo.fr/article/barometre-actineo-sociovision-2019
(2) L’INRS : Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. inrs.fr