Le bruit est un risque étrange. Présent et insistant malgré son apparente innocuité. “Rien à voir avec un doigt qu’on se coupe ou une chute de hauteur, reconnaît ce médecin du travail dans l’industrie. A moins d’une baisse nette de l’audition ou la survenue d’acouphènes, il est plus difficile de lui attribuer la responsabilité de maux de têtes ou du stress. Il est pourtant capital de convaincre les salariés de prendre soin d’eux. Et les responsables de ressources humaines de diagnostiquer les nuisances et de protéger leur salariés”. Car le bruit ne lâche pas les entreprises.


32 % des actifs exposés

De 1994 à 2017, celui-ci est en effet l’une des seules contraintes physiques au travail qui n’ait pas baissé la garde (enquête Sumer 2017 de la Dares, publié en septembre 2019,1). Ainsi,l’exposition à des nuisances sonores concerne plus d’un tiers des salariés (32 %) en 2017, contre 27,4 % 23 ans plus tôt. Sauf l’agriculture, tous  les secteurs d’activité ont enregistré une hausse sonore dans cette période, en particulier la construction, où 65% des salariés y sont exposés (soient 19 points de plus qu’en 1994). Dans l’industrie, l’augmentation atteint 8 points, avec 50,8%, et même dans le tertiaire, la part des salariés confrontés au bruit a grimpé de 16,5 à 24,2%. Ce risque-là résiste, se développe et se fait de plus en plus pénible.

59% des actifs gênés par le bruit

Aujourd’hui, 59% des actifs sont gênés par le bruit sur leur lieu de travail (+ 7% en un an), en particulier dans l’industrie (73%) et la construction (70%), mais aussi, fortement, dans  l’administration (60%), selon l’enquête Ifop réalisée en septembre pour JNA (2).  Les sources de nuisances  ? Les bruits des matériels, pour les ouvriers, ou ceux de l’extérieur, pour les travailleurs indépendants. Les cadres et les professions intermédiaires et supérieures, eux, incriminent volontiers les conversations, téléphoniques ou entre collègues.

Plus alarmant, les deux tiers des personnes interrogées affirment que le bruit a des conséquences négatives sur leur santé, fatigant 54% des interviewés, générant aussi du stress (42%), une gêne auditive momentanée (34%), voire des troubles du sommeil (32%), des acouphènes (25%) ou une surdité (19%). Les nuisances sonores agissent également sur les relations dans l’entreprise, provoquant une perte de productivité selon 40% des personnes, de l’incompréhension avec les managers (pour 36%) ou de l’agressivité dans les échanges (32%). Ce climat de tensions a un effet sur les arrêts de travail (pour 14% des sondés), les changements d’équipes (9%) ou les démissions (7%).  Affectant  les salariés comme les organisations de travail, le bruit représente un véritable enjeu de ressources humaines.


Sources :

(1) 4e enquête Sumer (pour Surveillance médicale des expositions des salariés aux risques professionnels) qui dresse une cartographie des expositions des salariés aux principaux risques professionnels en France,  gérée par la Direction générale du travail et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares).
(2) Sondage Ifop pour la Journée nationale de l’audition (JNA),  auprès des actifs exerçant une activité professionnelle, octobre 2019.