« Comment décupler l’impact des messages de prévention pour éviter et réduire les troubles de l’audition liée à l’écoute de musique amplifiée chez les jeunes ? » telle est la question de fond afin d’accélérer l’éducation à la santé des jeunes générations.

Les différentes enquêtes réalisées par l’association JNA montrent un changement de comportements d’écoute et d’exposition à partir de 24 ans. Mais elles montrent surtout que les 15-18 ans sont ceux qui conservent des comportements à risques de troubles de l’audition tant dans la recherche de puissance d’écoute avec des « basses » (« le son qui tape ») que dans la durée.

Quelles en sont les raisons ?

 

Le paradoxe

Parmi les découvertes effectuées grâce à la neuroimagerie, celle que le cortex préfrontal (une composante essentielle des réseaux neuronaux impliquée dans le jugement, la prise de décision et le contrôle des impulsions) continue sa maturation chez une personne qui est dans la mi-vingtaine a une influence considérable. Cet apport des neurosciences pourrait alors expliquer la dissociation comportementale chez l’adolescent entre « je sais que c’est dangereux » mais « le gain plaisir immédiat me pousse à le faire ».

Cette hypothèse permettrait de comprendre que 91% des jeunes âgés de 15 à 18 ans déclarent connaître les dangers du volume et de la durée d’écoute et malgré tout mettre leur santé auditive en danger. Il s’agit là d’un vrai paradoxe auxquels les acteurs de la prévention et de la santé se retrouvent quotidiennement confrontés.

 

Le besoin

Selon le Dr Laccoureyre, pédopsychiate, « Au cours de sa mue » vers un devenir de grande personne, l’adolescent trouve ses contours en expérimentant, en testant, en se risquant parfois mais aussi en se concentrant sur lui-même, sur son monde interne. La musique vient définir par dehors et par dedans. Elle vient cogner à l’extérieur et permet de configurer l’enveloppe ; elle pénètre l’intime et favorise le ressenti interne. Elle fait bain et vient tester l’hermétique de l’adolescent (la partie intime de son être) ; elle imprègne et lui rend accessible ses abysses psychiques. La musique joue alors le rôle de média en lui permettant d’entrer en dialogue intime avec lui-même. La musique possède les mêmes vertus que celles d’autres bains qui ont œuvré tout au départ et dont l’adolescent garde des traces bienfaitrices (liquide amniotique lors de la vie fœtale, bain de langage maternel,…). Les ondes musicales viennent activer les neurotransmetteurs reliés aux plaisirs et les zones de récompense. Ce qui provoque cet état de bonheur intense vers lequel chacun a envie de revenir. S’enfermer dans une bulle musicale correspond donc à un temps de construction identitaire à l’adolescence et il convient que l’adolescent puisse en user sans risquer la santé de ses oreilles. »

 

Changer de paradigme

Développer la notion d’écoute saine est donc l’enjeu de la prévention aujourd’hui. Ce d’autant plus que les générations Z et « alpha » vivent au quotidien une relation étroite avec leurs smartphones et la musique amplifiée. Les messages de prévention se sont peut-être trop heurtés aux plaisirs et à ses recherches dans leur formulation. Il est nécessaire de changer de paradigme et de développer la culture « du prendre soin de soi » ou culture du « Care » dès le plus jeune âge en l’intégrant à l’éducation à la santé. Ce serait alors donner du sens aux politiques de prévention de santé publique probablement vécues comme une somme d’interdits par les adolescents dont l’un des plaisirs est justement de braver les interdits. « Prendre soin de soi » n’est pas culturellement innée.

Faut-il pour autant délaisser les jeunes actuellement adolescents ? Non. Ils sont trop nombreux à souffrir d’acouphènes (sifflements et bourdonnements dans les oreilles survenant suite à traumatismes sonores aigus ou chroniques). Seul un engagement sociétal de l’ensemble des acteurs politiques et économiques orienté culture du « Prendre soin de soi » peut accélérer l’impact de la prévention. Cela repose à la fois sur une impulsion politique et un investissement individuel et collectif, un nouvel élan humaniste partagé.