Lorsque l’audioprothésiste vise à rendre le son audible, il est facile d’oublier que le cerveau interprète ce que nous entendons. Le cerveau cherche constamment à donner du sens aux stimuli sonores qu’il reçoit. Les Sciences cognitives de l’Audition intègrent des recherches interdisciplinaires, et notamment physiologiques et cognitives, pour expliquer l’interaction complexe entre le signal auditif entrant, son traitement, le système auditif, la mémoire et la cognition dans la compréhension de la parole.

Quand notre système auditif et nos fonctions cognitives sont intacts, la parole peut être déformée de multiples façons, elle restera toujours comprise (Davis et al 2005). Toutes les technologies auditives modernes modifient le signal d’une certaine manière pour améliorer l’audibilité. Cependant, lorsque le signal de la parole est trop manipulé, il peut se déformer et interférer directement sur la capacité de notre cerveau à comprendre. Par conséquent, nous croyons qu’il est nécessaire de fournir des techniques de traitement de signaux qui favorisent les processus cognitifs naturels du cerveau. La recherche sur la relation entre « cognition » et « audition » a commencé il y a plus de 30 ans. Depuis lors, des études importantes ont montré à quel point les facteurs cognitifs pouvaient être intégrés dans la conception des aides auditives.

Toute inadéquation nécessite un travail supplémentaire pour le cerveau. Ce qui est le cas lorsque ce qui est entendu ne correspond pas aux modèles de paroles stockés dans la mémoire à long terme. Le modèle de « Facilité de Compréhension de la parole » explique comment la parole est traitée par le cerveau suivant les conditions d’écoute, faciles et difficiles.

Le traitement implicite ne nécessite pas d’effort. Lorsque la difficulté de compréhension de la parole se présente, nous travaillons temporairement sur ce qui a été entendu et essayons de le déchiffrer. Sinon nous ne pouvons pas déterminer ce qui a été dit ; nous tentons de préserver les informations que nous avons entendues dans la mémoire de travail, effaçons notre tableau mental et renouvelons l’essai. Si ce déchiffrage prend trop de temps, nous pouvons manquer la suite de la conversation. Aussi, nous ne disposons pas de mémoire de travail suffisante pour stocker ce qui a été perçu jusqu’à ce que le puzzle soit résolu : la compréhension est perdue ou interrompue. Le traitement explicite nécessite plus d’efforts et de ressources cognitives. L’augmentation de l’effort d’écoute est considérée comme une source de fatigue, de stress et de fort absentéisme lié au stress au travail. L’augmentation de cet effort d’écoute a aussi des répercussions sur la capacité de la personne à réaliser plusieurs tâches.

En vieillissant, nous utilisons plus de ressources cognitives pour comprendre dans le bruit

Avec l’âge, l’ensemble du système auditif vieillit. La perte de l’audition associée provoque beaucoup plus que des changements dans la cochlée. La diminution du nombre de cellules ciliées et de neurones auditifs affecte directement le tronc auditif cérébral sans rapport avec le processus du vieillissement du cerveau. Beaucoup d’effets subtils surviennent. Lorsque la synchronisation est perturbée par le système auditif en raison du vieillissement, il y a une diminution significative de la capacité à identifier des mots en milieu bruyant. C’est pourquoi, l’acuité auditive périphérique se réduisant, elle ne peut être restaurée en augmentant simplement le volume. Afin que des personnes âgées comprennent la parole dans un fond sonore, elles doivent utiliser beaucoup plus de ressources cognitives. Du fait des modifications de l’audition, le risque de déficience cognitive est de 24 % supérieur, tous facteurs pris en compte. Plus les changements de seuils auditifs sont grands, plus le risque de déficience cognitive est important. Il existe des liens significatifs entre la perte du volume de matière grise dans les aires auditives du cerveau, la capacité auditive périphérique et l’activité neuronale associée. Le fait que le volume de matière grise diminue avec l’âge est généralement accepté. Malgré cela, la parole déformée et parfaitement audible est facilement comprise tout au long de votre vie. Voilà pourquoi augmenter le volume ne peut bien fonctionner que lorsque vous êtes dans une ambiance sonore calme. Toutefois, plus le signal de la parole est corrompu, plus le traitement cognitif est requis et plus le volume de matière grise sollicité devient important.

La perte de l’audition la plus simple à éviter est celle due aux expositions sonores toxiques

Les expositions sonores créent des lésions au-delà des seules cellules sensorielles. La gaine externe du nerf auditif est aussi abîmée et cela ralentit la vitesse avec laquelle le nerf auditif envoie les signaux de l’oreille au cerveau. Des modifications des informations temporelles reçues par les oreilles apparaissent aussi. Cela joue un rôle dans la capacité à localiser un son.

Parfois, l’exposition au bruit peut donc provoquer un Décalage Temporaire du Seuil (DTS) ; les cellules ciliées se rétabliront rapidement au cours des semaines suivantes. Nous pensons alors : « Pas de préjudice, pas de faute ». Malheureusement ces symptômes temporaires sont comme des cris d’alarme, de milliers de cellules nerveuses auditives qui essaient de nous dire « À l’aide, sauvez-nous, nous sommes en train de mourir ! »

Les cellules ciliées peuvent revenir à la normale ; ce qui donne des résultats normaux à l’audiogramme. Cependant, nous savons maintenant que des dégâts irréversibles ce sont produits. À l’identique d’une perte auditive, définitive, due au bruit, le DTS provoquera, également, des dégâts au niveau du nerf auditif. Par voie de conséquence le cortex auditif va se réorganiser par des expositions sonores chroniques même à des niveaux modérés et considérés comme sûrs. Tous ces changements peuvent n’apparaître que des mois ou des années plus tard.

Par conséquent, l’avenir va être consacré non plus à l’audition mais à la santé du cerveau dont l’une des causes de dégradation est l’audition.