L'enquête Ifop -JNA "Bruit, Santé auditive et Qualité de Vie au Travail : quelles réalités ?" révèle que les jeunes sont particulièrement sensibles à la gêne du bruit et à ses impacts sur leur santé. En effet, 65% des 18-24 ans expriment cette gêne et indiquent les impacts sur leur vie professionnelle et personnelle. Alors que c'est aussi cette génération qui écoute la musique avec écouteurs sans modération, comment expliquer ce paradoxe. Explications de Rémy Oudghiri, sociologue.

Cette enquête montre en effet que la jeunesse est particulièrement sensibilisée par la gêne du bruit sur leur lieu de travail. Ces jeunes sont concernés en premier chef. Ils évoluent dans la culture du décloisonnement :

- décloisonnement des espaces de travail : open space ; coworking...

- décloisonnement des modes de management

- décloisonnement des méthodes

- décloisonnement des spécialités

La conséquence est la production de bruit en raison d'espaces et de comportements non adaptés ces évolutions.

Ces jeunes nés dans les 90 font partie de ce que nous appelons la génération Plan national d'action nutrition santé. Depuis leur plus jeune âge, ils ont été exposés aux messages de prévention santé. Ce qui explique que cette génération se sent particulièrement concernée. La santé est intégrée comme un capital à entretenir. Dans les mois à venir, l'expression de cette gêne va se transformer en revendication. Ce mouvement a déjà commencé. De grandes entreprises commencent à proposer des programmes de bien-être en proposant aussi l'accès à des salles de sports intégrées. Ils ont une vraie préoccupation de leur santé et de leur qualité de vie. Elle ne peut que devenir plus active dans l'expression de ses besoins et de ses attentes.

L'enquête JNA montre que ces jeunes souffrent aujourd'hui en silence des impacts du bruit sur leur santé et leur qualité de vie professionnelle et personnelle. C'est là le paradoxe actuel de la jeunesse. Ce paradoxe s'explique par la volonté d'insouciance qui diminue à l'arrivée du 1er enfant. Mais cette position "passive" va rapidement changer. En effet, les milléniums, jeunes nés dans les années 2000, rejettent le modèle de relation au travail de leurs parents. Ils se refusent à "se tuer à la tâche", à un déséquilibre entre la vie professionnelle et personnelle. D'ailleurs, de récents travaux indiquent que 80% des milléniums ne souhaitent pas devenir cadre. Ce qui remet fondamentalement en cause le modèle de promotion professionnelle.

Les milléniums ne veulent pas subir les heures supplémentaires, la pression liée aux responsabilités de la fonction de cadre. La recherche de qualité de vie est forte.

Les jeunes mettent le casque sur leur lieu de travail non par plaisir de la musique mais pour se préserver de la gêne du bruit. Elle souhaite préserver sa santé et sa vie privée.

Les entreprises vont devoir s'adapter à ces attentes et gérer les différences générationnelles dans le rapport au travail et au bruit. Mais la réduction du bruit va devenir un enjeu majeur à la fois pour répondre aux besoins des jeunes générations, réduire les risques professionnels et gérer le défi du vieillissement dans l'entreprise.